Recension

Sous une belle couverture ivoire et bronze se dévoile l’un des immeubles de rapport les plus surprenants de Neuchâtel du milieu du XIXe siècle : l’îlot du Vieux-Châtel, œuvre majeure de l’ingénieur Guillaume Ritter édifiée en 1859. Initié par un comité veillant à la sauvegarde de l’édifice et de ses dépendances en danger il y a quelques années, l’ouvrage qui résulte des études pluridisciplinaires qui ont accompagné cette démarche donne à découvrir non seulement l’histoire et l’architecture d’un édifice unique en son genre, mais également celle d’une ville à époque clé de son développement urbanistique et, enfin, une première synthèse de valeur sur Ritter, constructeur touche à tout dont les œuvres sont d’une diversité infinie, allant d’un projet de barrage sur la Sarine à Fribourg à l’église catholique  Notre-Dame de Neuchâtel (la célèbre « église rouge »), conçue en bloc de béton teinté et moulé. Une riche illustration, en grande partie en couleurs, accompagne avec intelligence le texte, permettant notamment d’admirer les détails de la construction – de la modénature des fenêtres aux parquets en passant par les boîtes aux lettres et les cheminées de marbre des appartements – et de replacer cet édifice dans son environnement initial. Il s’agit d’une œuvre étonnante, alliant la distribution d’habitations ouvrières à des façades soignées de goût néogothique, dont les origines peuvent être recherchées tant dans la région – à la Chaux-de-Fonds et au Locle par exemple – qu’en Allemagne. On regrettera que le chapitre consacré à l’architecture n’ait pas aussi tenté l’ouverture du côté de la France : les immeubles « vénitiens » du Paris de l’époque de Louis-Philippe, bien décrits par François Loyer (L’immeuble et la rue, Paris XIXe siècle, 1987), semblent des modèles très pertinents pour l’ordonnance étrangement rythmée du corps central. Ainsi resitué, Vieux-Châtel se serait véritablement replacé au carrefour de courants européens. L’ouvrage reste par ailleurs exemplaire, tant par sa forme soignée et son format agréable que par la qualité et la pertinence des textes.

Dave Lüthi

In :  A+A Art + Architecture, 2/2011, p. 87.